Une Géante Catastrophe Conte pour les petits et pour les grands.
 

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Il y a très, très longtemps, vécut un peuple de géants. Ces géants volaient de planète en planète à la recherche d’un lieu accueillant pour passer le reste de leur vie.

Tandis qu’ils avaient trouvé sur Terre une nature riche et abondante, les géants avaient dû se résoudre à repartir de nouveau. Bien qu’elle fut pour eux très chaleureuse et très belle,
les géants ne pouvaient y séjourner sans risquer de nous détruire - nous, les humains - ainsi que toute autre forme de vie, et finalement la vie sur Terre elle-même.

Les sages géants tinrent très, très longuement conseil, et prirent une décision très, très difficile. Ils prirent leur élan, retinrent leurs souffles et de bondirent à travers l’espace intergalactique, vers de lointaines contrées encore inconnues.

Mais pendant ce temps, un géant singulièrement paresseux s’était endormi. Il ronflait comme un gigantesque buffle. Paisiblement lové entre deux montagnes, il rêvait d’un monde à sa juste mesure, couvert d’énormes forêts peuplées d’oiseaux multicolores.

Bien évidemment, il n’avait rien pu suivre, tout endormit qu’il était, du conseil de ses congénères et de leur décision de quitter la Terre. Compte tenu de leur dimension titanesque, le temps est beaucoup, beaucoup plus long pour les géants que pour nous - les humains. Ils vivent ainsi beaucoup, beaucoup plus longtemps et dorment aussi beaucoup, beaucoup plus longtemps que nous - les humains. Ce qui n’avait été qu’une courte sieste, pour notre géant, avait en fait duré plusieurs siècles - dans notre temps humain, à nous.

Pendant sa sieste, les hommes et les femmes avaient bâti sur son dos une gigantesque ville. Quoi qu’elle devint la capitale d’un très puissant royaume il était impossible pour sa microscopique population d’apercevoir le géant dans sa totalité - le confondant avec les montagnes, les humains enthousiastes et pressés ne s’étaient aperçu de rien et fêtaient paisiblement la gloire triomphante de leur majestueuse cité.

Lorsqu’un jour le géant paresseux se réveilla enfin, son terrible bâillement fut bien entendu ressentit comme un gigantesque tremblement de terre par les pauvres habitants de la majestueuse cité. Les bougres se mirent à l’abri de leur mieux et firent tonner les alarmes en poussant de petits cris stridents. Mais le géant ne les entendit pas du tout. Il poussa sur ses deux énormes bras et sur ses jambes colossales et se releva.

Alors la ville entière glissa sur son dos comme de ridicule poignées de sable fin, pour venir s’écraser en un fracas terrible à ses pieds, au creux des deux montagnes.

Le géant s’étirait tranquillement, faisant nonchalamment valser quelques nuages autour de lui, quand il sentit soudain un lointain picotement dans son cou et cru discerner de tout petits cris très courts, et très aigus.

Il tourna délicatement la tête en se demandant de quel genre d’insecte il pourrait bien s’agir. Quelle  ne fut pas sa stupéfaction lorsqu’il découvrit, juché sur son épaule, le morceau de faubourg que l’immense cataclysme avait seul épargné.

Plissant les yeux pour y voir de plus près, le géant senti que les rares survivants l’injuriaient à s’en époumoner et lui jetaient toutes sortes d’objets à la figure. Lorsqu’il compris sa lourde responsabilité, lui qui, en bon géant, se devait d’être particulièrement attentif et respectueux de son écosystème, le géant tressailli. Il posa la main sur sa bouche, écarquilla très grand les yeux et poussa un long :


- Oooooh…



Tant il était honteux, le rouge lui monta aux joues. Il fit glisser le quartier survivant sur le bout
de l’ongle de son auriculaire, puis le déposa sur la terre, au milieu des ruines éparses du quartier délabré. Dévasté par le remord, il s’accroupit devant eux et leur fit solennellement cette promesse :

- J’ai causé votre perte, mais je me ferais pardonner, parole de géant.

Ses paroles résonnèrent si fort entre ses énormes cordes vocales qu’elle s’écrasèrent sur la ville ainsi qu’un nouveau calvaire. Les vitres tremblèrent et explosèrent. Les habitants du
quartier se bouchèrent les oreilles comme ils le purent, avec du persil et des plumes,
mais la plupart eurent les tympans crevés, sur le coup, par ce grondement du fin fond des entrailles de l’enfer… Ils le supplièrent de les laisser en paix mais le géant n’y entendit rien - si ce ne fut de vagues chuchotis très succincts.

- Tout le monde aime la nature, songea alors le géant, en promenant son regard ingénieux sur l’horizon. Je vais offrir à ces humains le plus beaux des spécimens de végétation terrestre! Et ils me pardonneront. C’est évident…


Très enthousiaste à l’idée de son plan, le géant se rendit sur un autre continent - en quelques brasses - et cueillit les plus grands séquoias qu’il trouva sur son chemin. Il les coupa un à un avec une grande aisance, comme des jonquilles, jusqu’à ce qu’il ait composé un beau bouquet. Puis il se rendit à nouveau auprès des humains…


- Je vous demande pardon, tonitrua t’il !

Les humains vivaient en paix, très tranquilles et reconstruisaient depuis deux bonnes décades, sur les ruines laissées par le géants, une nouvelle ville, certes moins grande, mais encore plus belle. En vérité, ils avaient presque tout oublié des malheurs qui les avaient affligés naguère, lorsqu’ils sentirent la Terre trembler sous leurs pieds et cette voix sortie du fin fond des entrailles de l’enfer.

Quelle ne fut pas leur surprise. Le gigantesque bouquet d’arbres s’abattit bien entendu sur le quartier dans de grands craquements, couvrant de résine grasse et poisseuse toutes les rues et tous les immeubles, défonçant les vitres, les murs et les gouttières. Des bêtes féroces et et des indiens traumatisés dégringolèrent en panique des hauts branchages où ils s’étaient réfugiés avant que le géant ne les déracine. Ils hurlèrent de frayeur en découvrant les habitants blêmes du faubourg. Ils se jetèrent mutuellement au visage toutes sortes d’objet, se prenant les uns et les autres pour des diables et des sacripants. Ils hurlèrent en chœur et commencèrent très vite à s’entre-tuer. Beaucoup s’entre-tuèrent. Les survivants, à nouveau, supplièrent le géant de les laisser tranquille.

Oooooh !

- Mon beau bouquet ne leur a pas plut, songea maintenant le géant. Mais c’est bien sûr, ils meurent de faim ! Perdus qu’ils sont parmi la poussière et les ruines. Manger leur fera le plus grand bien. Allons…

Le géant se souvint de grandes plaines où les vaches paissaient en très, très grand nombre. Il
s’y rendit en quelques brasses et ramassa au creux de sa main un millier de boeufs, de vaches et de veaux avec une attention scrupuleuse et même une certaine forme d’adresse. Puis il retourna auprès des humains.

Ceux-ci reprenaient espoir après quelques décades sans géant. Ils ne bâtissaient pas trop haut, dans le doute, mais pouvaient se réjouir d’une économie florissante et de leur entente désormais cordiale les indiens. Avec un soin maladif, le géant déposa le plus délicatement du monde l’amoncellement de bétail terrifié à quelques encablures de la cité. En tombant de sa main, les pauvres bêtes accusèrent une chute de quelques millimètres - de géants, c’est-à-dire de plusieurs centaines de mètres de bovins. Hélas, parmi le troupeau, cela ne fit guère de survivant.

Le temps que les villageois se rendent jusqu’au charniers - plusieurs semaines de marche - l’amoncellement de viande et d’os de plusieurs kilomètres de long avait atteint une stade avancé de putréfaction. Il en sortait, à vrai dire,  des insectes et de la vermine affreuse par nuées entières. De nombreux villageois perdirent la vie à cause de nouvelles pathologies jusqu’alors inconnues et singulièrement effrayantes. Tout cela ne leur avait pas rendu la vie plus facile. Les survivants maudirent le géant encore un coup et lui hurlèrent, derechef, de les laisser tranquilles.


- Oooooh !

Mon beau troupeau ne leur a pas plut, songea le géant enfin perspicace. Mais c’est bien sûr, ils meurent de soif! Perdus qu’ils sont parmi la poussière des ruines sous le soleil brûlant, de l’eau leur fera le plus grand bien. Au travail…

Le géant se mit en martel en tête de creuser un puit superbe. Le plus grand puit que les hommes et les femmes auraient connu jusque là. Le puit leur apporterait luxe et prospérité pour des générations et des générations. On écrirait des poèmes, on chanterait des chansons. Ça ne faisait pas un pli. Alors, très enthousiaste, le géant creusa, creusa… et creusa encore.

Mais il creusa tant et tant qu’atteignant le centre de la terre, le géant libéra par mégarde la lave bouillonnante qui s’y cachait. Relevant la tête avec stupéfaction, le géant vit surgir un geyser de magma monumental au bout du nez. Il y perdit quelques sourcils. Le feu calcina toutes les campagnes alentours et enfuma de nuages de souffre noir le vaste ciel bleu.

Des météorites jaillirent du formidable volcan et menacèrent bientôt la ville martyr, au milieu de ses ruines ancestrales. Les villageois se barricadèrent dans leurs maisons en maudissant une dernière fois le géant et sa sempiternelle culpabilité, les mains jointes et avec une gigantesque ferveur… Prenant conscience de l’imminence du péril, le géant plongea les deux bras dans l’océan le plus proche, et éclaboussa le volcan avec une belle énergie. Cela fonctionna bien contre le feu. Mais le feu ne suffît pas à arrêter le tsunami. Une rue en feu, le tsunami, le géant accroupit sur l’horizon. P20
 
- Ooooh!

La seule famille d’hommes et de femmes qui avait survécu à cet ultime désastre quitta le pays.
Tout ou presque avait brûlé. L’eau salée avait rendue infertile les rares parcelles de terre qui avaient survécu à l’attaque sylvestre, à la vermine et au volcan. Le géant se sentit seul, mais comme vraiment rarement il s’était senti seul. Il se couvrit les yeux et, recroquevillé entre les deux montagnes, pleura à chaudes larmes pendant des années et des années à nous - les humains.  Et quant il eu assez pleuré, il eut enfin une heureuse intuition :

- Pardi mais au fait, où sont passés tous mes semblables ?

​Plusieurs siècles passèrent…

- Ils sont partis, s’exclama notre géant, transit par la peur, mais il se remua, pris son élan, retins son souffle et bondit à travers les étoiles et la lune…

Ce fut le plus beau jour de l’histoire de l’humanité.

Propulsé de la sorte, il gravita pendant un moment. Puis le moment lui paru devenir interminable. Toujours en apnée pour ne pas respirer le vide glacial de l’espace, le géant sentit la surface de sa peau - pourtant très, très épaisse et jusqu’ici plutôt propice aux voyages interstellaires - peu à peu congelée par le néant alentours.

Il sortit de notre système solaire. Il sortit de notre galaxie. Il poursuivit sa course, ainsi propulsé dans l’univers intergalactique comme un superbe glaçon. Les étoiles, les planètes et les astéroïdes lui parurent étinceler de millions de couleurs lorsqu’il perdit connaissance, dans une dernière hallucination :

- S’en est fini de moi, songea-t’il. Je ne retrouverais jamais mes congénères! Je finirais, ainsi, comme une statue de marbre errant sur la voie lactée.

Puis, soudain, il se réveilla.

Il sentit son grand corps, tout engourdit, sa peau rouge et quelques douloureuses courbatures, avant qu’une odeur de poivre ne lui chauffe le nez.

- Mes naseaux, bougonna-t’il.

Il y eu un bref silence et quelques rires assez francs, au cours desquels il sentit comme un souffle chaud sur son front et le parfum d’un géante au voluptueux sourire :

- Ça, c’est un géant qui a bien trop dormit, railla t’elle, candide.

Regardant autour de lui de ses deux vastes mirettes écarquillées, le géant découvrit ses semblables. Attroupés dans un jardin près de lui, ils jouaient, chantaient et dansaient dans l’allégresse générale, élancés vers le ciel, vêtus des plus parfaits atours. Il vit aussi de gigantesques arbres entre lesquels voltigèrent des oiseaux immenses, magnifiquement parés. Clou du spectacle, il fut soudain frappé par l’incomparable confort et la mollesse de son lit.

En dépit du désarroi, malgré la peur et le désespoir, le géant n’avait pas renoncé à poursuivre son petit chemin de géant. Et il en fut fort bien récompensé. Il avait retrouvé les siens, sur une planète à leur juste mesure et aussi chaleureuse que peut l’être à nos yeux notre petite Terre à nous - les humains.

 

* )**

- FIN -
 

 

Contes, poÈmes et calligrammes

La roulée

La cigarette roulée est esthétique

C'est une femme douce à qui j'applique

Un coup de lèvre sur le collant

Et dont je frotte la feuille doucement

 

J'en joins les deux bouts et

Puis je la baise en

Inclinant le cou et

Je fais vivre la braise en

 

Élevant les mains et les coudées

 

Fumée, je la jette

Parmi les pâquerettes

Le long du chemin 

Le triste mégot boude

 

J'en ai sucé tout le jus

Torve, écrasée elle

Est molle, épuisée

Elle paraît envier le chance que j'eu

 

Elle songe au mal délicieux

De ma sensuelle harangue

La couvrir de ma langue

En aspirant, silencieux.

Le balayeur

Le balayeur a sur la rue le regard déporté

Longeant les caniveaux de sa brosse à poils verts

Il évacue les déchets de tristesse sincère

Englouties en paquets de pensées avortées

 

Il songe au souvenir d'avoir été, un jour,

Et de n'être à présent plus que porte-balais

L'esclave d'un salaire, et l'envie d'un palais

Tapisse ses membranes et condamne l'amour.

Les paroles semblent vaines. On ne lui parle pas

Et pourtant la vérité coule dans ses veines,

La beauté de ses charmes abrités sous la peine.

 Possédé, il avance, vers la mort, pas à pas.


Sa vie est la poubelle des mots qu'il ravale,

Humble et généreux, tout de vertu drapé,

Il se berce d'illusions, d'un rêve rattrapé

Par le mensonge d'État du dogme épiscopal.


Les médecins sont ses prêtres, contrôleurs de conscience

Contrecarrant ses choix par des biais sataniques

On accule sa révolte à d'affreux diagnostiques:

La maladie mentale progresse avec la science.


Il lui faut du courage, porteur de camisole,

Pour respecter l'hygiène à la lettre bénie

Quand son être aux mains sales de la Terre est banni!

ô balayeur de souffrances, ta sagesse t'isole...


Le balayeur a sur la rue le regard déporté

Longeant les caniveaux de sa brosse à poils verts

Il évacue les déchets de tristesse sincère

Englouties en paquets de pensées avortées

 

Dans un ultime délire la mort l'emportera.

En un balais magique, feront le noir pompon

Du bonnet mortuaire déposé sur ton front,

Canettes, mégots, tampons et papier-gras.

Les comètes aèdes

Il est doux le matin dans sa chape de brume,

Où s'en vont les passants, boitilleux et cernés,

Par l'auguste signal des pavillons bernés,

Marcheurs silencieux à la bouche qui fume.

 

Des gorges du métro les machines vrombissent,

Ils s'y laissent plonger comme des météores

Noires sous les voûtes émaillées de fluor,

Infernal tintamare des pistons et des visses!

 

Au pic de leur allure, ces comètes aèdes

Entrent en fusion, cratères dans les cratères

Et dansent des contorsions, et bouchent les artères

Du monstre aux tentacules avaleur de bipèdes.

Ainsi que la cyprine sur le quai délivrée

De l'antre où le plaisir, concentré, se diffuse,

Signe, rococo, entrelac de méduses,

Des jouisseurs libertaires au cours de la marrée.


Enfin, ils poussent sur leurs cuisses et leurs fesses

Dans cet ultime effort du voyageur transit,

Expulsés comme l'est le colon français d'Asie.

La brume s'est dissipée et le vent les caresse.

L'aiguille

 

Chaque jour l'être trépasse

"ô cauchemars! ô damnation!

L'aiguille du temps qui passe

Berce la nuit des possessions

Fatales

 

Et s'attacher, laide chose,

Patrie, travail, les superflus,

 Tant de secrets pour la névrose

Bouclant en cycles l'ouvert flux

De la vie

 

Chaque jour l'être trépasse

"ô cauchemars! ô damnation!

L'aiguille du temps qui passe

Berce la nuit des possessions

Fatales

Les amants

 

En tous sens, opposés, le matin les amants fuient

Pourchassant l'ombre d'un rêve, leur gagne-pain,

Affamés par l'amour, apeurés par la faim,

Pèsent sur leurs êtres les cauchemars de la nuit.

 

Puis le soir les embrasse, éreintés mais libres

Au chant d'une victoire rouge à l'horizon

Ils retrouvent l'air pur au seuil des prisons,

Tout en eux s'élève alors, plane et vibre.

Dialogue méditatif

 

Je n’étais rien

 

J’étais libre

 

Ils ont mis en moi tout ce qu’ils ont pu

 

 

 

Et maintenant je suis un monstre à moi-même

 

 

 

C’est en moi que réside l’être (peut-être) encore libre

 

Tous et tout oublier, cette feuille, cette scène est mon champ de force, l’espace de ma liberté recherchée, (peut-être) reconquise et pour un temps regagnée

 

 

 

C’est sans eux, pour un temps, que j’aurai à nouveau la force

 

Et puis leur reconnaissance pour le leur avoir montré

 

 

 

L’ultime degré du désespoir, c’est de ne plus croire qu’on a la ressource pour créer

C’est puiser dans les recettes toutes faites, les préfabriqués, sans y ajouter sa part d’être intime, de décalage, d’autodétermination, d’être en liberté

 

Mais le talent se cultive

Il est impératif de montrer à l’autre son talent

De l’y éveiller

 

Caché, dissimulé sous l’Ordre qu’on s’impose

Demeure l’ordre dont on rêve encore délibérément

De proposer

 

 

Ils ne le vivent pas comme un désespoir

Il y a de la nostalgie, de la résignation, du regret

 

« Je ne suis pas artiste

« Je m’en fous de l’art

« Je ne comprend pas la poésie

« L’art déroge à la raison

 

Prisonnier d’un conception classique, de l’Art

Ils conçoivent encore l’art comme cet Ordre, ils se l’imposent

Mais l’art n’est pas l’Art

L’art est votre ordre

 

« L’art est sans utilité

« Ou l’art qui s’engage

 

Mais l’art sans but précis

Cet art n’est-il pas utile à développer

L’art de suggérer

 

L’art n’est-il pas d’imaginaires

Utile à d’autres mondes possibles

Que celui de l’Ordre imposé

 

 

N’y a-t-il vraiment pas d’autre monde possible

D’autre ordre

 

Alors à quoi est-il utile que nous soyons plus d’un sur terre

Jusqu’à quel point faut-il nous ressembler

 

Et où commence le génocide du peuple en rêve

Et du peuple des pensées

 

Lorsque l’artiste se résigne

La mort commence avec son regret

 

La vie prend la relève, avec un autre ordre suggéré

La vie triomphe avec l’imaginaire

 

 

Mais alors l’art n’est pas art, quand il ne suggère rien d’autre

Que l’Ordre établi, imposé, comme le bien commun

 

L’art de Hitler, des fascistes, des impérialistes

Est un faux imaginaire

 

Ce n’est pas même l’art de Hitler, ou des fascistes, ou des impérialistes

Mais de l’Ordre dit naturel auquel ils sont subordonnés

 

Nul ne peut être artiste sans, bon gré mal gré

Conscient ou non de son geste

Remettre en cause l’Ordre établi

 

L’outrager, le critiquer, suggérer sa part malsaine et mauvaise

Tout comme tu ne peux imaginer sans quitter, pour un temps

Le monde bien présent, prétendu bien réel

 

 

Le désespoir n’est-il pas là où commence la création

 

Lorsque le monde réel ne semble que peur et de toute sa lourdeur,

De tout son cauchemar condamné, sans issue dans la réalité

Suggère déjà que l’issue demeure

 

Seule

 

En dehors de la réalité

 

Et c’est l’imaginaire

 

Et l’art n’est rien d’autre que l’imaginaire réalisé

L’impossible a priori rendu possible

Par l’intervention de l’artiste dans la réalité

 

L’art est la matérialisation d’un esprit unique en œuvre

Enfin accessible (peut-être) aux autres, en réalité

 

 

L’art est incertitude

Ou certitude qu’une autre ressource existe en nous

Que celle de la réalité

 

S’il est croyance, croyance que cette ressource doit être réalisée

Pour tirer (peut-être) un autre hors de son désespoir

 

Du désespoir de la soumission nécessaire et totale

À l’Ordre établi et imposé

 

Par sa simple création, l’artiste est la preuve que l’Ordre établi

N’existe pas plus que l’ordre à librement décider

 

La preuve qu’égal en réalité à l’Ordre établi, de la nostalgie et du regret

Il le dépasse en plus par sa vision du futur

Et la joie qu’il comporte et véhicule inexorablement

 

 

L’Ordre est aussi incapable de se débarrasser du contrordre

Que ce qu’il est incapable d’être sans reposer sur une humanité

Douée d’imaginaire

 

Or j’ose croire que ce don est inaliénable

 

Si je crains qu’il ne le soit pas, je dois tout faire alors

Pour qu’il soit restitué à ceux qui en ont été dépourvus

Développé, consolidé, approfondi chez ceux qui en disposent

 

Pendant cette même durée, tous les efforts de l’Ordre visent à l’inverse

À me faire disparaître avec mon imaginaire

Car mon imaginaire menace l’Ordre

 

Par le Statut, l’Argent, le Pouvoir

L’Ordre veut m’intégrer à lui

Me corrompre, m’éteindre, m’étouffer

 

Tous mes efforts visent à lutter dans cette guerre des symboles

Non seulement pour ce que je m’imagine être le bien commun

Mais pour ma propre survie et celle de mon imaginaire

Perpétuellement menacés

 

La survie de l’existence que j’ai été conduit par l’art à mener

Par soif de futur, par amour de la joie

En dépit des assauts répétés des agents de l’Ordre

 

Du regret

Du désespoir

Et de la nostalgie.